Introduction au concept de « Résonance »

Dans la dernière phrase de l’introduction d’un article de Monsieur Edgar Morin, il emploie le terme “peur” pour qualifier notre réticence à adopter une pensée plus complexe. Cependant, il n’explicite pas le choix de ce terme au sein de cet article. Je pense que ce terme n’est pas anodin et je me suis donc reflété à mes propres schémas de pensées en me posant les questions suivantes et en tentant d’y apporter des réponses :

  • Pourquoi​ ​est-ce​ ​que​ ​j’adoptais​ ​une​ ​pensée​ ​simplifiante​ ​jusqu’alors​ ​?
    • Car mon éducation classique, ainsi que ma culture m’ont formé à séparer mes idées selon l’adage : “des idées claires et distinctes”.
    • Car face à notre monde éminemment complexe, il est rassurant (et j’insiste sur le terme “rassurant”) de catégoriser et de disjoindre.
    • Car il est déjà assez difficile de composer avec moi-même, avec ma nature, avec ma conscience, avec mon existence pour être en mesure de penser la complexité du monde.
  • En somme, l’adoption d’une pensée simplifiante est-elle simplement un caractère “acquis” par mon éducation et ma culture ou est-ce un caractère “inné” résultant de ma part d’animalité cherchant à conserver mon intégrité face à la mort​ ​ou​ ​du​ ​poids​ ​de​ ​ma​ ​conscience​ ​me​ ​permettant​ ​d’imaginer​ ​ma​ ​finitude​ ​?
    • C’est la conjugaison des deux.
    • De plus, d’après l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, nos peurs seraient à la fois peur de notre liberté et peur du néant de notre finitude.
  • Qu’est-ce​ ​qui​ ​m’a​ ​amené​ ​à​ ​adopter​ ​une​ ​pensée​ ​plus​ ​complexe​ ​?
    • Du plus loin que je souvienne, c’est suite à une rupture sentimentale, et une dépression survenues il y a 4 ans. Cette phase de deuil de moi-même m’a forcé à me questionner sur mon existence. C’est donc lors d’une phase réflexive (au sens premier du terme) que j’ai pu commencer à dénouer et embrasser ma propre complexité. C’est quand j’ai accepté l’inéluctabilité de ma propre mort que j’ai pu m’ouvrir au monde et essayer de l’entrevoir tel qu’il est.
    • C’est à cette période que j’ai commencé à m’intéresser à l’écologie. Pour la première fois de ma vie, je me sentais connecté à quelque chose d’immense qui valait la peine d’être défendu. Cette discipline, complexe par essence m’a ouvert les portes de la pensée complexe.

Il ne s’agit pas simplement de vous conter ma vie, mais d’essayer d’identifier les barrières entre moi et l’adoption de la pensée complexe, ainsi que les modalité de son acceptation afin de la diffuser. Prenons désormais une perspective plus large que mon seul cas individuel.


Que se passe-t-il quand un humain vient au monde ? Il pleure, il crie et ne trouve réconfort que dans les bras de sa mère. C’est de là que m’est venu l’idée de la résonance, de ce son que nous produisons tous. Ce cri chargé de nos peurs les plus primaires résonnerait-il encore en chacun de nous ?

  • Le​ ​mot​ ​“résonance”​ ​a​ ​donc​ ​pour​ ​moi​ ​deux​ ​sens​ ​:
    • Résonance existentielle : le cri premier chargé des peurs les plus profondes que seul l’amour d’une mère peut combler. Cri qui trouve encore résonance dans les peurs provoquées par notre conscience de notre propre fin mais aussi de par notre puissance, notre liberté et notre responsabilité face à notre existence (je ne suis pas totalement en accord avec Sartre sur cette responsabilité qui n’a pas tout le temps était présente et reste assez moderne).
    • Résonance historique/culturelle : de tout temps, les sociétés occidentales ont apporté leur lot d’histoires certes rassurantes mais également simplifiantes. On peut citer la dichotomie du bien et du mal promue par les monothéismes, l’idéal de progrès, la raison cartésienne, le scientisme, etc. Même la révolution scientifique et philosophique du Siècle des Lumières se sont vues à termes contaminées par les démons de la pensées simplifiantes qu’elles combattaient dans l’obscurantisme religieux. Et si notre société avait elle aussi poussé un cri qui résonnerait encore aujourd’hui entretenu et entretenant notre résonance personnelle ? Cela est valable pour nos sociétés occidentales mais m’étant intéressé aux ontologies de différentes civilisations et cultures, je suis ravi de constater que d’autres manières d’être à soi, au monde et à la nature sont possibles et souvent souhaitables.

La question que nous nous posons ici : “Pourquoi est-ce que la pensée simplifiante trouve sa place en nous et comment la dépasser au profit d’une pensée complexe plus à même de saisir notre propre complexité et celle de notre monde ?” trouverait peut-être la réponse suivante : “L’humain adopte une pensée simplifiante car c’est pour lui un gage de sécurité existentielle. Les sociétés occidentales ont depuis toujours promus une tendance à la simplification, à travers les religions ou mêmes les sciences qui promettaient son dépassement, car elle présente une faiblesse ontologique structurelle. Nous pourrons la dépasser par une réflexion individuelle qui deviendra collective par un sentiment de connexion​ ​et​ ​d’appartenance”.

Cependant, je reste partagé quant à l’issue possible. En effet, comme Edgar Morin le souligne souvent, les individus et sociétés occidentales -poussés dans un culte du moi- ont une tendance au repli autant individuel que collectif face à cette résonance. Réponse malheureusement inadaptée face à des périls globaux.

Si cette idée manque encore à vous convaincre, je vous invite à songer aux potentiels jeux de mots que nous pourrions faire avec “résonance” et “raisonnance”, deux termes qui pour moi doivent être rapprochés.

Damien Soldadié.

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